LES ENTRETIENS SURNATURELS
CYPRILLE-ANNE LIGER – THANATOSCOPE
Venez nous rejoindre au coin du feu et écoutez l’épisode :
Comment naît une fiction sonore indépendante ? L’exemple de Thanatoscope par Cyprille-Anne Liger – Rencontres Surnaturelles : les fantômes de Juliette Dargand
Entretien Surnaturel avec Cyprille-Anne Liger : faire beaucoup avec peu, regarder la fin du monde dans les yeux
Dans le salon un peu frisquet du manoir, le feu crépite dans la cheminée. Les flammes lèchent doucement les bûches, la lumière danse sur les murs, et en face de moi, il y a Cyprille-Anne Liger.
Autrice, réalisatrice, créatrice de la fiction sonore Thanatoscope. Et surtout, amoureuse du son, des histoires et de ces fins du monde qui en disent long sur nous.
“Faire beaucoup avec peu”
Dès le début de notre échange, elle résume quelque chose de très juste sur la fiction sonore :
c’est l’art de faire beaucoup avec peu.
Un micro, quelques comédien·nes, un studio son d’école de cinéma, un monteur motivé, des bibliothèques de bruitages… et soudain, on se retrouve à dériver dans l’espace, à marcher dans une forêt inquiétante ou à assister à la fin de l’humanité, casque sur les oreilles, cœur serré.
Pour présenter Thanatoscope à quelqu’un qui n’a jamais écouté de fiction sonore, Cyprille-Anne choisirait le début de Gravité inversée :
une scène de science-fiction, un vaisseau, la Terre, puis ce moment où l’héroïne comprend qu’elle est peut-être la dernière humaine en vie.
Un seul personnage, peu d’effets, mais une histoire qui serre la gorge.
La démonstration parfaite de ce que le son peut faire sans image.
Pourquoi raconter par l’oreille ?
Cyprille-Anne a fait une école de cinéma, elle aime aussi l’image. Mais la fiction sonore, c’est une histoire d’amour à part.
Elle vient d’abord des livres, de cette habitude de tout imaginer, de remplir les blancs. Puis des fictions sonores anglophones, comme Welcome to Night Vale, qui l’ont marquée par leur liberté :
des personnages queer, des thèmes anticapitalistes, des univers étranges, une horreur douce, accessible, inclusive.
L’audio devient alors un terrain de jeu où l’on peut aborder des sujets que les médias plus “mainstream” peinent encore à accueillir.
Un endroit où l’on peut créer des récits à son image, selon ses valeurs, sans demander la permission.
Thanatoscope, un projet d’école… et de cœur
À l’origine, Thanatoscope, c’est un projet étudiant.
Un studio son à disposition, des ami·es comédiens, ingés son, monteurs, et l’envie de se lancer “pour de vrai”.
Elle voulait un projet qui soit à la fois :
- un book, une carte de visite pour son futur métier de scénariste / réalisatrice audio
- un souvenir collectif, un objet de mémoire partagé avec ses amis d’école
- un terrain d’expérimentation pour tester des idées, des atmosphères, des formes
Le thème de départ ? L’obscurité.
Mais très vite, un autre motif s’impose : la fin de l’humanité.
Pas seulement la mort individuelle, mais la disparition de ce qu’on appelle “l’humanité” au sens large : notre capacité à être doux, bienveillants, solidaires… et tout ce qui se fissure.
Le vide comme terrain de jeu
Ce qui revient souvent dans sa manière de travailler, c’est la confiance dans l’auditeur.
Elle le dit très simplement :
l’auditeur n’est pas bête, il a un imaginaire, une capacité à comprendre.
Le plus intéressant, c’est ce qu’il y a dans le vide.
Plutôt que tout montrer, tout expliquer, elle préfère :
- poser un cadre solide
- donner quelques indices sonores
- puis se retirer, laisser des trous, des respirations
Dans Relaxation en forêt, par exemple, tout le monde imagine le “monstre” différemment.
Certains y voient un loup-garou, d’autres une créature qui attire les spectres…
Et ça lui va très bien. L’auteur met quelque chose à disposition, l’auditeur le transforme.
C’est un co-imaginaire : la charpente vient du créateur, les briques et la peinture viennent de celles et ceux qui écoutent.
Le son, la mort et l’intime
Quand on lui demande ce que la fiction audio peut dire de la mort, sa réponse est nuancée, presque pudique.
La mort, c’est ce qu’on ne comprend pas.
À l’écran, elle peut vite devenir gore, spectaculaire ou au contraire édulcorée.
En audio, on reste dans la suggestion. On ne montre pas, on laisse entendre.
Et c’est parfois bien plus puissant.
On peut choisir de rendre une mort très graphique par le son… ou au contraire de la laisser hors-champ, dans un silence, une respiration, un bruit de verre posé sur une table.
L’audio touche directement à l’intime : on écoute au casque, seul, souvent en faisant autre chose.
La mort, qui est elle-même une question intime, trouve là un écho particulier.
Et derrière ses fins du monde, il y a aussi quelque chose de très contemporain :
l’éco-anxiété, la peur du futur, la sensation d’être sur une pente que l’on ne maîtrise plus.
Des yeux, des carnets, et beaucoup de projets
Un motif revient dans son univers : les yeux.
Dans ses tatouages, dans les logos de ses projets, dans son regard sur les autres.
Les yeux comme passerelle vers l’autre, comme endroit où se lit la gentillesse, ou son absence.
Et puis il y a ses carnets.
Des petits cahiers qu’elle trimballe partout, dans une banane, avec son portefeuille et son téléphone.
Elle y note des idées, des débuts d’histoires, des listes de courses, des dessins.
C’est son antidote contre l’oubli, son réservoir d’univers à venir.

Dans ses dossiers, il y a déjà :
- une nouvelle série de fictions sonores d’horreur
- un court-métrage
- un roman
- une pièce de théâtre dystopique
Tout ne verra peut-être pas le jour tout de suite, mais tout compte.
Chaque idée attend son moment, sa maturité, le bon outil pour être racontée.
Un médium pour les voix qui débordent
Ce que j’aime dans cet entretien, c’est qu’on y sent à la fois :
- le cynisme tendre (“souvent, ma morale, c’est : l’être humain est une ordure… mais il y a du potentiel”)
- la passion pour les récits qui sortent des cases
- l’envie de créer des espaces plus inclusifs, plus libres, plus étranges
La fiction sonore, pour Cyprille-Anne, c’est un endroit où :
- on peut parler de fin du monde sans perdre l’humour
- on peut aborder des thèmes queer, anticapitalistes, intimes
- on peut bricoler des univers avec peu de moyens, mais beaucoup de soin
Et c’est aussi un médium où l’on se retrouve très proche de celles et ceux qui écoutent, sans jamais les voir.
Un lien étrange, invisible, mais très réel.
Si tu veux découvrir Thanatoscope, écouter la belle voix de Cyprille-Anne et plonger dans ses fins du monde sensibles, je t’invite à écouter l’entretien complet dans Rencontres Surnaturelles.
Ou à te rendre ici :
Le site : https://thanatoscope.lepodcast.fr/
La chaîne Youtube : https://www.youtube.com/@R%C3%A9sonancePodcasts
Et comme toujours, si cet épisode te plaît, tu peux :
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